Matter
Pref Mag - Octobre 2008
Mignonnes allons voir sous les robes par Gérard Mayen
Mouvement.net - le 04.06.2008
Seine-Saint-Denis de toute exception par Gérard Mayen
Extrait
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Avec Matter, Julie Nioche signe ainsi une pièce implacable, d’extrême tension plastique, dénuée de toute complaisance. Sa meilleure. Quatre jeunes femmes – dont elle-même – font le plus souvent face aux spectateurs. Par l’entremise d’une assistante, elles sacrifient, tour à tour, à de patientes séances d’habillage. Les costumes sont de papier, aux lignes droites, et plis francs. Ce sont des robes. Féminines. Au sol, lentement, se répand une énigmatique eau de couleur noire, par petites surfaces fragmentées. Mais il tombe aussi de l’eau, il pleut, sans explication, depuis les cintres sur toute la scène. Seul élément masculin, le guitariste Alexandre Meyer diffuse un son de sourde contrainte.
Toute une patiente métamorphose, cérémonieuse, voit les figures iconiques de ces femmes, exposées en orantes, communiantes, tragédiennes, souveraines, s’ébranler en tensions, secousses, prosternations, aux énergies âpres et écorchées ; déroute orageuse, de chevelures ruinées, de vêtements dissous et déchirés, de salissure et flottaison, sculptures en désagrégation. Or surnagent force et tempérament, dans l’indocile trempe d’une double vague de mises à nu et en création.
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Pour l’article complet sur les Rencontres Chorégraphiques Internationales publié sur Mouvement.net
L’Humanité - culture - 2 juin 2008
La danse nue et crue de Julie Nioche par Muriel Steinmetz
Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis sont l’occasion de retrouvailles avec des artistes à la singularité reconnue comme Julie Nioche qui présente Matter à Montreuil.
Cette pièce est le fruit d’un travail de longue haleine avec trois chorégraphes (Mia Habib, Rani Nair, Bouchra Ouizguen ) présentes sur le plateau, aux côtés de Julie Nioche. Matter constitue une tentative de mise à nu de la danse par ses interprètes mêmes. Les limites d’ordinaire établies entre le corps vivant et la scène se diluent dans un dispositif visuel pas banal.
La première interprète à intervenir face au public porte une robe blanche faite de papier froissé qu’une assistante agrafe dans son dos avec du scotch. Fragile mannequin. Elle danse à coups de gestes si brutaux qu’ils en déchirent le fin tissu qui la vêt. De l’eau tombée des cintres achève de dissoudre le papier. Son corps se voit donc dévêtu par le mouvement au sein de l’élément liquide qui contribue à sa nudité. Même résultat avec la deuxième interprète tandis que la costumière, au chevet de la première, enveloppe son corps humide d’une autre robe de papier. Sous la robe en papier de la danseuse numéro deux s’élargit une grosse tache d’encre noire diluée délimitée au sol par de fines baguettes. On dirait qu’elle perd les eaux, qu’elle va en quelque sorte accoucher de sa propre pratique. Elle aussi finit nue tout comme les deux suivantes.
Les quatre jeunes femmes, tour à tour au travail, baignent bientôt dans une humidité sombre où leurs pieds barbotent jusqu’au bas de leur robe. Une fois rhabillées de blanc, elles gisent immobiles. Elles semblent être des religieuses. L’exercice recommence si bien que les voici tour à tour lavées et contaminées par des gestes de plus en plus fous. Elles rejettent toute règle apprise, tout carcan eût-il la minceur d’une feuille de papier, pour se retrouver nues et vierges. L’espace, témoin désormais de leurs évolutions, garde encore trace des signes ébauchés, tel le brouillon noirci d’un texte effacé, tandis qu’elles retournent à l’immobilité première, d’où peut renaître ou pas le mouvement.
Blog Images de Danse - 1er juin 2008 - par Jérôme Delatour ©
Julie Nioche, Matter : beauté et engagement
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